L’engagement de la jeunesse africaine à Niamey
La cinquième édition du Forum Social Africain placée sous le thème : « l’Afrique des peuples en marche contre la mondialisation néolibérale » a été particulièrement marquée par la présence massive des paysans, des femmes, des clubs et fadas de la capitale et surtout des jeunes visiblement engagés dans la lutte pour une autre Afrique possible à travers leur participation au niveau des différents panels, conférences plénières, ateliers thématiques et autres activités autogérées prévues pour la circonstance.
Le campement de la jeunesse Frantz Fanon, situé au stade municipal de Niamey a servi de cadre pour des centaines des jeunes, tantôt dans les salles tantôt assis sur des nattes autour du thé, de discuter sur des sujets aussi importants comme les enjeux d’une réforme des institutions internationales, le drame de l’immigration, les questions d’éducation, d’emploi sans oublier le rôle de la jeunesse, en tant que fer de lance, dans la dynamique de démocratisation, de l’unité et de la souveraineté du continent noir.
Conscients de leur majorité numérique sur les quelques 900millions d’habitants qui se partagent un continent riche mais appauvri et de leur place marginale surtout lorsqu’il s’agit de définir et de mettre en œuvre des politiques affectant immanquablement leur avenir, les jeunes d’Afrique ont innové en ajoutant aux dix sept(17) thèmes soumis à leur analyse par le comité organisateur nigérien, un autre défi portant sur la structuration de la jeunesse africaine . Ainsi, après une série d’interminables échanges ponctués par un méga concert qui a vu la participation, dans la nuit du 27 Novembre, des artistes locaux et de Didier Awadi, un artiste sénégalais engagé pour la cause et sous les applaudissements d’une dizaine de milliers de spectateurs, les locataires du campement Frantz Fanon ont fini par mettre en place un Réseau des Jeunes pour une Autre Afrique Possible (RJAP). A travers ce cadre de lutte qui regroupe la jeunesse du Maroc, d’Algérie, de Nigeria, de Côte d’Ivoire, du Burkina, du Togo, de la Guinée, du Cameroun, du Mali, du Sénégal, du Bénin, de la Mauritanie et du Niger en raison de deux représentants par pays, la jeunesse africaine, « victime du larbinisme de ses gouvernants complices de la désertification économique du continent », consciente des enjeux et des défis anciens et émergents, « s’engage, à en croire aux recommandations de la rencontre, dans le mouvement altermondialiste, en tant qu’acteurs à part entière, à participer, sans réserve, à la construction d’une autre Afrique possible ». Selon les conclusions de l’Assemblée constitutive tenue en marge de cette 5eme édition du FSA, le RJAP reste ouvert à l’adhésion des jeunes des autres pays d’Afrique partageant les mêmes objectifs. Ces derniers visent en premier chef « l’éducation et la mobilisation de masses populaires contre cette avilissante mondialisation néolibérale ».
Pour les jeunes d’Afrique, le RJAP né dans les sillages du forum social africain, est l’occasion de pérenniser et de renforcer la mise en place d’une synergie d’actions entre les différents mouvements progressistes, en vue de cheminer vers cette autre Afrique possible jalouse de sa dignité sévèrement bafouée par les politiques néolibérales et les lois anti-immigration occidentales ; cette autre Afrique possible qui revendique et assume son droit au libre choix politique, économique et social. Il s’agit pour eux, de lutter pour une Afrique effectivement démocratique, unie et souveraine et qui refuse, sans complexe aucun, d’être sacrifiée sur l’autel de la déshumanisante mondialisation néolibérale.
En dépit des prises de position souvent très passionnées, les participants ont privilégié ce qui les rassemble. La rigueur sur le respect des principes démocratiques est le crédo manifeste des jeunes présents à toutes ces discutions. C’est ainsi qu’au cour de la journée du 27 Novembre, lors du débat des jeunes dans la salle Kwame Nkrumah, une personnalité mauritanienne venue pour défendre la junte au pouvoir dans son pays, a été vite expulsée de la salle par les jeunes défenseurs des valeurs démocratiques, au nom du principe d’opposition catégorique à la prise de pouvoir par la force.
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