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5ème édition du Forum Social Africain
Pari gagné !

 
Du 25 au 28 novembre 2008, les mouvements sociaux africains qui ont convergé à Niamey dans le cadre de la cinquième édition du Forum Social Africain ont intensifié leur opposition et leur résistance à l’égard du modèle néolibéral. Au cours de ce grand rendez des altermondialistes, les débats et les réflexions ont été orientés dans la recherche des alternatives populaires et démocratiques au libre échange, à la dette illégitime, à la corruption, à la migration, et à aux crises alimentaire, financière et énergétique.

Plus de 10.000 personnes ont participé à la marche d’ouverture de la cinquième édition du Forum Social Africain (FSA) de Niamey. De la place Toumo à la place de la Concertation , terminus de la marche et lieu du meeting, les manifestants venus d’horizons divers ont scandé des slogans anticapitalistes et anti-impérialistes. Sur des banderoles, on pouvait lire : « non à la dette, nous ne devons rien », « Accord de Partenariat Economique égale à augmentation de la dépendance économique », « nous exigeons la reprise par l’Etat des sociétés privatisées », « non à la contractualisation sauvage de l’emploi ». Comme l’annonce le thème de cette cinquième édition du FSA : L’Afrique des peuples était ce jour là en marche contre la mondialisation néolibérale . Le comité organisateur nigérien a réussi son pari. Taoufic Ben Abdallah, secrétaire du Forum social africain a salué les efforts déployés par ce comité malgré les maigres ressources financières dont il disposait. Le coordonnateur du comité national d’organisation, Moussa Tchangari, n’a pas caché lui,sa satisfaction pour cette grande mobilisation des alter mondialistes, venus du Niger, d’Afrique, d’Amérique et d’Europe pour participer à cette cinquième édition du Forum Social Africain. « Je suis fier de vous tous », a-t-il clamé fort. Successivement sur la tribune, Taoufik Ben Abdallah, secrétaire du Forum Social Africain, Aminata Dramane Traoré du Forum Social malien, Diori Ibrahim coordonnateur du campement de la jeunesse et plusieurs autres invités ont pris la parole pour galvaniser la marée humaine qui continuait à scander des propos hostiles à l’ordre néolibéral.

Le procès de la mondialisation néo-libérale

Le Palais de sport de Niamey, site qui a accueilli les activités de la cinquième édition du Forum Social Africain a servi de tribunal aux altermondialistes pour faire le procès de la mondialisation néo-libérale. La question sur le droit à l’alimentation a été au centre des débats du FSA. Une conférence plénière sur “le droit à l’alimentation à l’épreuve de la mondialisation néolibérale”, a été animée par Moussa Tchangari, coordonnateur du consortium des associations et ONG qui plaident pour le droit à l’alimentation au Sahel. Dans les séries de conférences sur l’Afrique dans l’arc des crises, la crise alimentaire en Afrique a suscité de grands débats dans la salle Patrice Lumumba du Palais des sports. Selon la conférencière Madame Hima Fatimatou Djibo, la secrétaire générale la Plate Forme Paysanne du Niger, l’offensive du capital sur les ressources naturelles n’est plus à démontrer. La poussée du capital a dépouillé l’Afrique de ses terres cultivables, de ses forêts, de ses eaux et de ses minerais. Du coup la population rurale et l’environnement sont menacés par les multinationales. « Les arguments, comme les crises climatiques et énergétiques ont contribué à l’intensification des plantations d’agro carburants sur des grandes surfaces de cultures au détriment des cultures vivrières », a-t-elle indiqué. A côté de ces facteurs qui aggravent la crise alimentaire au Niger, Madame Hima Fatimatou Djibo, a évoqué la question de la concurrence entre le carburant industriel d’origine agricole et l’alimentation. « Le FMI, la Banque Mondiale, et l’OMC doivent être éliminé et mettre en place d’autres institutions de régulation de l’économie mondiale, sans servir les intérêts d’une poignée de privilégiée », a soutenu la conférencière. De l’avis de plusieurs intervenants, la souveraineté alimentaire en Afrique doit être fondée sur les connaissances des paysans qui sont le moteur de la production en Afrique.

La dette odieuse et asphyxiante

« La Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, les banques du Nord prêtent pour leurs propres intérêts avec la complicité des gouvernants des pays du Sud », a laissé entendre un alter mondialiste malien, au cours du débat en plénière sur la dette. La dette des pays africains a été contractée selon des mécanismes qui échappent aux citoyens. « Seuls les gouvernants peuvent expliquer les conditionnalités », a indiqué Yoro Bi de Côte d’Ivoire. De l’avis de Ibrahim Yacouba, du Réseau Nigérien Dette et Développement (RNDD), en 1975 la dette extérieure publique du Niger était de 27 milliards. Elle a été quasiment multipliée par près de 40 en 2000, pour dépasser 1000 milliards. Malgré l’explosion et l’exploitation de l’uranium, la pauvreté s’approfondit dans les mêmes proportions avec les plus forts taux de mortalité infantile et maternelle, les plus bas taux d’accès à l’éducation et à la santé publique. Selon Olivier Bonfon du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM Belgique), la dette des pays du tiers-monde entre 1960 et 2007/2008 est divisée en quatre périodes charnières. La première va de 1960 à la crise de 1982 qui a vu la dette osciller au tour de seulement 50 milliards de dollars pour tous les pays du tiers-monde. La seconde couvrant la période de 1982 à 2001 durant laquelle elle va passer à 600 milliards de dollars avant d’exploser pendant le troisième grand moment allant de 2001 à 2007/2008 et vaciller autour de 2500 milliards. Une quatrième ère s’ouvre donc pour les pays pauvres, et la situation, de l’avis des experts , pourrait être alarmante avec l’augmentation des taux d’intérêts et la chute du cours des matières premières. Cette politique d’austérité avait complètement désarticulé l’ossature socio économique des pays pauvres. Les inégalités augmentent et les services publics se dégradent. Les participants à cette conférence ont demandé aux Etats africains l’arrêt du paiement de la dette. « Mais, il nous faut , pour porter une telle revendication, un vaste mouvement social suffisamment fort », a précisé Ibrahim Yacouba du RNDD.

Forte mobilisation des jeunes

Les jeunes se sont mobilisés au niveau de leur campement qui porte le nom du célèbre écrivain Frantz Fanon. Les débats sur l’épineuse question de la migration a été l’un des temps forts des discussions au niveau du site des jeunes. Selon Ouédrago Moussa, du Burkina Faso, le dispositif de surveillance européen ne peut pas mettre fin à la migration clandestine. « Ce n’est pas le goût de l’aventure qui anime les jeunes, qui risquent leur vie en haute mer et dans les déserts, mais la fuite de la misère », a-t-il indiqué. Aujourd’hui beaucoup de jeunes africains préfèrent mourir en mer que de rester vivre dans la misère. De l’avis de ces jeunes, cette migration ‘’ économique’’ est le produit de l’échec des politiques néolibérales imposées aux pays africains par l’intermédiaire de la Banque mondiale et du FMI. « Ce sont nos dirigeants corrompus qui ont contribué à cette situation de pillage de l’Afrique et du maintien de sa jeunesse dans la misère », a déclaré A. Gaston du mouvement des Peuples du Togo. C’est pourquoi les jeunes participants à ce campement de Niamey ont mis en place un réseau de jeunes panafricains.

 
 

 
 
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