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2- Un mouvement social fort

 

2. Un mouvement social fort

Au Niger, la mise en œuvre des politiques néolibérales imposées par les institutions financières internationales (Banque mondiale, Fonds monétaire international, OMC, etc.) s’est toujours heurtée à une résistance farouche des forces sociales. C’est d’ailleurs cette résistance qui a alimenté toutes les luttes démocratiques, dont le point de départ fut la répression sanglante le 9 février 1990 d’une marche pacifique des élèves et étudiants contre l’ajustement structurel dans le secteur de l’éducation.

A l’occasion de la conférence nationale souveraine du Niger en 1991, l’opposition aux politiques néolibérales s’est exprimée très clairement à travers le rejet du programme d’ajustement structurel et l’affirmation de la volonté de compter sur soi-même. Cette opposition s’est matérialisée tout au long des années 1990 à travers des nombreuses grèves, marches, meetings, villes mortes et diverses actions de protestation organisées principalement par les syndicats des travailleurs et le mouvement scolaire.

L’ampleur de la résistance des forces sociales nigériennes a été telle qu’aucun gouvernement issu d’élections libres n’avait réussi à signer un accord avec les institutions financières internationales ; il a fallu attendre l’avènement en 1996 de l’armée à la tête du pays pour qu’un accord soit finalement signé avec le fonds monétaire international et la Banque mondiale. Le climat répressif instauré par les militaires n’a pas mis fin aux luttes sociales, qui se sont poursuivies et ont atteint un point culminant en mars 2005.

Au cours de ces dernières années, un puissant mouvement social s’est constitué, expression d’un ras-le-bol populaire et fruit d’une longue maturation. Ce mouvement puise dans la riche tradition des luttes démocratiques inaugurées par la conférence nationale ; mais, il se singularise par la diversité des acteurs impliqués, les mots d’ordre lancés, les formes de lutte adoptées et surtout son ancrage au sein des masses populaires. Le mouvement de mars 2005 a provoqué une véritable onde de choc dans tout le pays ; et aujourd’hui encore, l’on s’interroge encore sur la signification et la portée de cette mobilisation citoyenne qui a soulevé l’enthousiasme de tous les démocrates et progressistes en Afrique et de par le monde, et sur laquelle de nombreux espoirs ont été placés.

En s’élevant contre le train de mesures fiscales contenues dans la loi de finances rectificative, retirées pour des raisons électoralistes du corpus des mesures adoptées quelques semaines auparavant par le parlement en session ordinaire, les organisations de la société civiles étaient loin d’imaginer à quel point elles exprimaient le sentiment général. Plus que l’institution d’une TVA sur les produits de consommation courante (farine de blé, sucre, lait et eau à partir d’un certain seuil) dont l’effet sur le coût de la vie est très évident, c’est d’abord le cynisme et l’indifférence des dirigeants face à la détresse des plus démunis qui ont le plus choqué les citoyens.

Le peuple, en participant aux manifestations de la société civile, entendait manifester sa colère et son indignation face à un régime, certes légitimé par les urnes, mais en lequel il ne se reconnaît plus. Il entendait par là même rappeler aux hommes politiques que leur raison d’être est de proposer des solutions concrètes aux problèmes de la nation et non constituer un problème pour la nation. C’est une exigence de changement de cap, de prise en compte de ses préoccupations que le peuple a exprimée. C’est un appel à redéfinir les bases du rapport entre gouvernants et gouvernés et une exigence de changement de mode de gestion de l’État, de démocratisation des rapports sociaux, qui constituent l’enjeu véritable.

En contraignant le gouvernement à rapporter les mesures fiscales objet de la contestation sociale, le mouvement social nigérien a enregistré une grande victoire d’autant plus éclatante que le pouvoir a paru déterminé à ne pas céder, mettant en avant qu’il est tenu par ses engagements au sein de l’UEMOA.

Une autre victoire a résidé dans l’ampleur de la mobilisation et la composition de la base sociale du mouvement. En effet, les manifestants de Mars 2005 appartenaient aux couches et classes sociales populaires dans leur majorité, et se recrutent à la fois dans la majorité au pouvoir et dans l’opposition lorsqu’ils revendiquent une affiliation politique. Ils sont des dizaines voire des centaines de milliers de femmes et d’hommes, de jeunes et de vieux à répondre spontanément et de manière désintéressée à l’appel de la société civile. Une diversification des formes de luttes est apparue, de nouveaux canaux de communication sont employés qui laissent une place importante à l’initiative locale et favorisent une mobilisation de proximité tranchant avec les méthodes bureaucratiques si souvent observées en de telles circonstances. Autant d’atouts qui forcent l’admiration.

A la suite du 15 mars, d’autres luttes ont été engagées par le mouvement social nigérien autour des questions liées à la lutte contre les pratiques esclavagistes, la défense d’une école publique de qualité, le droit à alimentation, le droit à la manifestation. Les succès enregistrés ont davantage renforcé la crédibilité et la légitimité des forces sociales engagées dans ces luttes aussi bien au Niger, en Afrique et dans le reste du monde.

La diversité des acteurs, leurs expériences des luttes, leur degré de mobilisation, leur conviction et leur détermination constituent, à n’en point douter, un potentiel de succès pour le FSA, s’il est tenu au Niger.

 
 

 
 
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