Du 25 au 30 janvier 2001, s’est tenu à Porto Alegre au Brésil, le premier Forum Social Mondial (FSM), en réplique au Forum Economique Mondial qui se tient annuellement, depuis plusieurs années, à Davos en Suisse. En objectant d’emblée une mondialisation caractérisée par la prééminence du capital sur le social, la première édition du FSM a jeté les bases d’une contestation transnationale plus organisée de l’ordre politique et économique dominant, et d’une réflexion féconde sur la construction d’alternatives au néolibéralisme. Sous l’aphorisme « Un Autre Monde est Possible », le mouvement alter mondialiste a démontré qu’il constitue une force sociale et politique majeure, vigilante et capable de s’organiser, en dépit de sa diversité.
Sur les quatorze mille (14.000) participants à cette édition, l’Afrique bien que surexploitée, surendettée et marginalisée par la mondialisation néolibérale, n’était représentée que par une cinquantaine de personnes. Bien que numériquement insignifiante, la participation africaine a été politiquement porteuse. En effet, dès janvier 2002, s’est tenu à Bamako au Mali, la 1ère édition du Forum Social Africain (FSA), qui imprime une nouvelle dynamique au mouvement social africain. Sous le mot d’ordre « Une Autre Afrique est Possible », trois autres éditions du FSA ont eu lieu en Ethiopie (2003), en Zambie (2004) et en Guinée Conakry (2005). Le mouvement social africain a organisé, en 2006 et 2007, deux forums sociaux d’envergure mondiale respectivement à Bamako (Mali) et à Nairobi (Kenya).
En mai 2007, à la réunion du Conseil du Forum Social Africain, tenue à Nairobi au Kenya, le mouvement social nigérien, à travers Alternative Espaces Citoyens, a exprimé sa volonté d’organiser la 5ème édition du FSA. En août de la même année, le Forum social nigérien a fait acte officiel de candidature, en envoyant au Secrétariat un dossier. En mars 2008, en marge de la réunion du Conseil international du FSM, tenue à Abuja au Nigeria, le Conseil du FSA a décidé officiellement de confier l’organisation du FSA 2008 au Niger. Cet événement majeur dans l’évolution du mouvement social nigérien et dans la vie sociopolitique du pays aura lieu du 25 au 28 novembre 2008.
La 5ème édition du FSA intervient dans un contexte politique, économique, social et culturel des plus inquiétant pour le continent africain. En effet, au plan politique, alors que l’on croyait le processus démocratique irréversible en Afrique, les coups d’État militaire et civil refont surface dans certains pays ; tandis que dans d’autres, l’organisation d’élections truquées, le refus de l’alternance démocratique et le monarchianisme tournent au drame. Mais même dans les pays où ces avatars ne sont pas apparus, le contenu social de la démocratie laisse à désirer.
Au plan économique, le fardeau de la dette conjugué à la corruption et à la mauvaise gestion des ressources publiques, annihile toute velléité de développement. Le double échec du NEPAD et des négociations d’Accords de Partenariat Economique (APE) a fragilisé le processus d’intégration régionale laborieusement entamé. Dans nombre de pays africains, les Cadres Stratégiques de Lutte contre la Pauvreté (CSLP) – nouvelle appellation des très controversés Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) – restent les référents par excellence des politiques économique, financière et sociale des États. A l’évidence, le FMI, la BM et l’OMC sont aux manettes des orientations économiques, pendant que les multinationales occidentales sont aux recettes par les biais des privatisations – braderies, des contrats léonins et des retours massifs sur investissements. Résultat : loin d’être réduite, la pauvreté explose plus que jamais en Afrique, exacerbant les conflits de toute nature. Le drame de l’immigration, la persistance des maladies comme le paludisme, le choléra, le VIH/SIDA et la récurrence des famines et des crises alimentaires sont aujourd’hui les signes tangibles du désastre social dans lequel les politiques néolibérales ont embourbé les peuples africains. Ces derniers sont royalement ignorés voire méprisés lorsqu’il s’agit de définir et de mettre en œuvre des politiques affectant immanquablement leurs vies de tous les jours.
Pourtant, l’Afrique ne manque pas de ressources, de potentialités et d’opportunités pour se développer : minerais inépuisables et variés, ressources naturelles abondantes (forêts, terres agricoles et d’élevage), marché potentiellement viable et promoteur, position géostratégique intéressante, compétences humaines diverses, patrimoine culturel riche qui trouve son fondement dans l’histoire de l’humanité et dont beaucoup d’aspects restent encore à découvrir… etc. Le mouvement social africain a conscience des enjeux de ces défis anciens et émergents, et se donne – progressivement et méthodiquement – les moyens de les relever. En témoignent les progrès accomplis dans l’élargissement et la consolidation de la dynamique du Forum Social sur le continent, à travers l’organisation de forums sociaux sous régionaux, nationaux et locaux ; ainsi qu’une plus grande et régulière participation africaine aux différents forums sociaux mondiaux. Cette dynamique a renforcé une plus grande prise de conscience des acteurs de la société civile et des citoyens, lesquels revendiquent voire exigent de leurs dirigeants la nécessité d’assumer pleinement l’indépendance des pays africains, et surtout de la traduire en politiques de développement alternatives, durables et crédibles. La 5ème édition du Forum Social Africain au Niger sera l’occasion de pérenniser et de renforcer la mise en place de synergie d’actions entre les différents mouvements, en vue de cheminer vers cette autre Afrique possible jalouse de sa dignité, bafouée par les politiques néolibérales et les lois anti-immigration occidentales ; cette autre Afrique possible qui revendique et qui assume son droit au libre choix politique, économique et social ; qui refuse d’être sacrifiée à l’aune de la mondialisation imposée par des instances de décision illégitimes et irresponsables.
Du 25 au 28 novembre 2008, Niamey, capitale du Niger, sera le carrefour de l’Afrique des peuples en marche contre la mondialisation avilissante.


